• L'heure du crime
    de Maurice Carême

    Minuit. Voici l'heure du crime.
    Sortant d'une chambre voisine,
    Un homme surgit dans le noir.
    Il ôte ses souliers
    S'approche de l'armoire
    Sur la pointe des pieds
    Et saisit un couteau
    Dont l'acier luit, bien aiguisé.
    Puis masquant ses yeux de fouine
    Avec un pan de son manteau,
    Il pénètre dans la cuisine
    Et, d'un seul coup, comme un bourreau
    Avant que ne crie la victime,
    Ouvre le coeur d'un artichaut.


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  • Le cow-boy et les voleurs
    de Jean Tardieu

    Ces huit voleurs de chevaux
    Sont surpris un peu trop tôt
    Par le cow-boy Hippolyte,
    Huit fois un, huit.
    Ils s'enfuient et chacun d'eux
    Tire sur lui deux coups de feu
    Quel vacarme ! Quelle fournaise !
    Huit fois deux seize…
    …Mais ils ne peuvent l'abattre,
    Huit fois trois vingt-quatre
    Alors il lance sur eux,
    Huit fois quatre trente-deux
    Son lasso de cordes puissantes
    Huit fois cinq quarante,
    Et les entraîne à sa suite
    Huit fois six quarante-huit.
    Sur son passage, on applaudit,
    Huit fois sept, cinquante-six
    On entend les tambours battre,
    Huit fois huit soixante-quatre
    Tous les enfants sont à ses trousses,
    Huit fois neuf soixante-douze,
    En triomphateur il revient
    Huit fois dix, quatre-vingts.


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  • Ne criez pas si fort
    de Maurice Carême

    Ne criez pas si fort,
    On n’entend plus que vous,
    Cerisiers qui partout
    Faites fleurir l’aurore.

    Laissez donc les coucous
    Compter leurs pièces d’or.
    Ne criez pas si fort,
    On n’entend plus que vous.

    Même le vieux hibou,
    Qui d’ordinaire dort
    En haut du sycomore,
    Vous croit devenus fous.

    Cerisiers, taisez-vous !

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  • Il a neigé
    de Maurice Carême (1899-1978)

    Il a neigé dans l'aube rose
    Si doucement neigé ,
    Que le chaton noir croit rêver.
    C'est à peine s'il ose marcher.
    Il a neigé dans l'aube rose ,
    Si doucement neigé ,
    Que les choses
    Semblent avoir changé.

    Et le chaton noir n'ose
    S'aventurer dans le verger ,
    Se sentant soudain étranger
    A cette blancheur où se posent ,
    Comme pour le narguer
    Des moineaux effrontés.

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  • Lili Crapotis
    de Corinne Albaut

    Lili Crapotis a dit :
    Aujourd'hui, je me déguise en chauve-souris
    Pour effrayer les petits.

    Demain, peut-être bien
    Que je deviendrai requin,
    Pour faire peur aux tout malins.

    Ou alors, dinosaure,
    Pour faire trembler les plus forts.

    Quand Lili Crapotis se déguise,
    même les plus vaillants
    Claquent des dents.
    Qu'on se le dise !



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  • La grenouille et la citrouille
    de Corinne Albaut

    Dans un jardin, une grenouille
    Voyait grossir une citrouille,
    Alors qu'elle, restait minuscule.

    Elle décida un matin
    De prendre les choses en main,
    Et de gonfler comme une bulle.

    Elle se gava de moucherons,
    De papillons, de libellules.
    Son ventre devenait rond
    Mais elle n'y était point encore.

    Elle fit un dernier effort
    Et tenta d'avaler un rat
    Devinez ce qui arriva !

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  • Homonymes

    Il y a le vert du cerfeuil
    Et il y a le ver de terre

    Il y a l'endroit et l'envers
    L'amoureux qui écrit en vers

    Le verre d'eau plein de lumière,
    La fine pantoufle de vair

    Et il y a moi, tête en l'air,
    Qui dit toujours tout de travers.

    Maurice Carême (1899-1978)


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  • Un dragon chez soi

    Avoir un dragon chez soi
    Ce n’est pas si mal que ça,
    Surtout quand il fait très froid.

    Quand on lui tire la queue
    Ca le rend tellement furieux
    Que sa gueule crache du feu.

    Il réchauffe l’appartement,
    Il sèche les vêtements,
    Les parents sont tout contents

    Corinne Albaut
    Comptines pour jouer à avoir peur

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  • J’AIME L’ÂNE (extrait)

    J’aime l’âne si doux
    Marchant le long des houx.

    Il a peur des abeilles
    Et bouge ses oreilles ;

    Et il porte les pauvres
    Et des sacs remplis d’orge.

    Il va près des fossés
    D’un petit pas cassé.

    Il réfléchit toujours,
    Ses yeux sont en velours ;

    Et il reste à l’étable
    Fatigué, misérable,

    Ayant bien fatigué
    Ses pauvres petits pieds.

    Il a fait son devoir
    Du matin jusqu’au soir.

    Il a tant travaillé
    Que ça vous fait pitié.

    Il est l’âne si doux
    Marchant le long des houx.

    Francis JAMMES


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  • La catastrophe



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  • Le cancre

    Il dit non avec la tête
    Mais il dit oui avec le coeur
    Il dit oui à ce qu’il aime
    Il dit non au professeur
    Il est debout
    On le questionne
    Et tous les problèmes sont posés
    Soudain le fou rire le prend
    Et il efface tout
    Les chiffres et les mots
    Les dates et les noms
    Les phrases et les pièges
    Et malgré les menaces du maître
    Sous les huées des enfants prodiges
    Avec des craies de toutes les couleurs
    Sur le tableau noir du malheur
    Il dessine le visage du bonheur.

    Jacques Prévert


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